Une alimentation bonne pour l’homme et la planète

À l’heure du réchauffement climatique, l’acte alimentaire prend une dimension nouvelle, il dépasse la sphère privée et la simple satisfaction de nos besoins nutritionnels. On sait depuis une dizaine d’années que la chaîne alimentaire dans son ensemble, et en particulier le secteur de l’agriculture et de l’élevage, est responsable environ du quart des émissions de gaz à effet de serre, sans parler des autres atteintes sur l’environnement. À la suite de la COP21, la prise en compte des enjeux écologiques devrait nous permettre de trouver enfin les meilleures solutions pour bien se nourrir.

Les nations riches occidentales ont dans l’ensemble toutes adopté le même type d’alimentation, riche en protéines animales, en calories vides faites de sucres et de gras ajoutés, en nourritures industrielles faciles à consommer, ce qui est loin d’être idéal pour la santé. Les recommandations nutritionnelles ont été peu efficaces pour faire évoluer nos modes alimentaires. Pire, les lobbies les plus puissants s’en sont servis pour conforter leur poids économique.

Le jeu des lobbies

Par exemple, les fameux apports nutritionnels conseillés (ANC) ont été systématiquement surévalués pour qu’absolument tout le monde ait son saoul de nutriments, sans se préoccuper de leurs conséquences sur la préservation de l’environnement. Dans cette optique, la population était encouragée à faire le plein de protéines ou de calcium en mangeant force viandes et produits laitiers. Ce petit jeu orchestré par les lobbies a abouti ainsi aux recommandations des trois produits laitiers par jour du PNNS, qui font des Français les plus grands mangeurs de produits laitiers au monde.

La possibilité d’adopter une alimentation plus végétarienne et moins riche en calories vides, afin d’aboutir à une gestion plus efficace de l’environnement et de la santé publique, était totalement fondée sur le plan scientifique, mais jusqu’alors politiquement impossible. La situation en serait toujours là si les enjeux écologiques n’étaient pas venus troubler la fête de la consommation. Un changement de paradigme s’impose, nous obligeant à sortir des sentiers battus de l’alimentation occidentale et de ses petits aménagements afin de promouvoir des modèles écologiquement durables.

Nous mangeons deux fois trop de produits animaux

Proches des nombreux régimes traditionnels, méditerranéens ou asiatiques, ces modèles sont basés sur une nourriture largement végétale, une consommation modérée de produits animaux, une chaîne de transformations alimentaires bien maîtrisées relocalisée. La maîtrise de la biodiversité, en fruits et légumes, produits céréaliers, légumes secs et huiles vierges, est donc la clé d’une alimentation préventive, elle est aussi précieuse pour la conduite de l’agroécologie ou de l’agriculture biologique, et très efficace pour assurer la sécurité alimentaire. Le potentiel nourricier des plantes cultivées lorsqu’elles sont directement consommées par l’homme pourrait éloigner définitivement le spectre de la faim.

Pourtant, dans les pays occidentaux, la majorité des productions agricoles est consacrée à la nutrition animale et ce gaspillage est directement responsable d’une majorité des émissions de gaz à effet de serre de la chaîne alimentaire. Finalement, les flux d’aliments et de boissons qui transitent des supermarchés jusqu’à nos assiettes conduisent à des apports nutritionnels très déséquilibrés. Trop d’hommes exposés à cette nourriture industrielle n’arrivent plus à maîtriser leur prise alimentaire et leur poids, alors qu’ils y parvenaient auparavant avec une alimentation plus traditionnelle. Il faut souligner aussi que la longévité en bonne santé est plutôt médiocre avec ce type d’alimentation.

Autant en prendre acte et nous engager à diminuer progressivement la consommation de produits animaux, puisque nous en mangeons en moyenne deux fois trop. Cette évolution permettrait une conduite plus écologique des élevages et de l’agriculture.

Une politique alimentaire absurde

La nécessité de corriger les déséquilibres de notre régime occidental pour lutter contre le réchauffement climatique pourrait avoir des retombées extrêmement positives pour la santé publique. L’alimentation du XXIe siècle pourrait être portée par une agroécologie adaptée aux ressources régionales. Dans un même temps, une lutte plus sévère contre la « malbouffe » pourrait être développée. La réduction des calories animales et des calories vides dans la chaîne alimentaire, l’augmentation de la biodiversité en produits végétaux réduiraient ainsi fortement les dépenses de santé. Nous pourrions bénéficier d’un bien-être alimentaire jamais atteint, vaincre l’épidémie l’obésité et lutter efficacement contre les autres pathologies dégénératives. Cette perspective n’a rien d’utopique, elle dépend seulement de notre volonté de sortir du système actuel. Il n’y a aucun obstacle technique et la nécessité de préserver notre planète devrait lever nos résistances culturelles.

Pourtant, notre système de santé continue à privilégier les recours médicamenteux plutôt que la nutrition préventive et l’on peut passer toute une vie sans bénéficier d’une consultation nutritionnelle et sans avoir la moindre recommandation concernant la bonne manière de s’alimenter pour préserver l’environnement. Nous restons perdus dans les dédales des supermarchés. Dans une dizaine d’années, l’incurie de la politique alimentaire paraîtra incompréhensible.

Sans les objectifs environnementaux, jamais les citoyens n’auraient pu être convaincus d’adopter une nourriture également plus saine à titre personnel, tant les recommandations nutritionnelles ont été jusqu’ici incohérentes. Lutter contre le réchauffement climatique pourrait bien nous permettre de réussir ce qui paraissait impossible : adopter un mode alimentaire à la fois bon pour l’homme et la planète

 

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